25.09.2026

Pay Attent!on: ensemble contre la fraude aux paiements 

Face aux méthodes de plus en plus sophistiquées employées par les fraudeuses et les fraudeurs, l’Association suisse des banquiers (ASB), SwissDebitPay, la Swiss Payment Association et la police ont créé l’association Pay Attent!on. Ensemble, elles souhaitent sensibiliser encore davantage la population aux risques de fraude dans le trafic des paiements et fédérer les activités de prévention existantes. Deux membres du comité de Pay Attent!on, Pascal Simmen (représentant de la Prévention Suisse de la Criminalité) et Nicky Kern (représentant de l’ASB), expliquent dans cet entretien à trois voix comment est née Pay Attent!on, quels sont ses buts, et pourquoi la coopération entre l’économie privée et la police est déterminante en matière de lutte contre la fraude. 

Pay Attent!on, qu’est-ce que c’est, et en quoi cette initiative se distingue-t-elle des activités de prévention précédentes? 

Pascal Simmen (PS): Pay Attent!on réunit les principaux acteurs du trafic des paiements sans espèces et la police, dans le but de protéger encore mieux la population contre la fraude aux paiements. Pour la première fois, on développe des mesures de prévention conjointement et on les met en œuvre de manière coordonnée. A la différence d’initiatives antérieures, Pay Attent!on ne vise pas un moyen de paiement particulier, mais l’ensemble du trafic des paiements sans espèces – des cartes de débit et de crédit à Twint, en passant par l’e-banking. En mettant en commun nos compétences, nos ressources et nos canaux de communication, nous atteignons davantage de monde et nous rendons ainsi notre travail de prévention plus efficace. 

Nicky Kern (NK): la prévention est vraiment efficace lorsque les gens reçoivent les mêmes messages quel que soit le moyen de paiement utilisé, et que ces messages sont clairs. A la place d’une multitude de sources d’information, on dispose grâce à Pay Attent!on d’une plateforme centralisée d’information et de prévention spécialisée dans la fraude aux paiements. Cela donne un repère, favorise l’identification de l’initiative et renforce son efficacité. 

Pourquoi était-ce le bon moment pour unir ses forces au sein d’une association? 

NK: alors que les menaces évoluent sans cesse, jusqu’à présent, les activités de prévention s’effectuaient isolément les unes des autres. L’étude préliminaire «Collaborative Fraud Prevention» (lien) de l’ASB a mis en évidence un besoin largement partagé de renforcer la coopération, et pas seulement dans le domaine de la communication. En même temps, il était clair qu’une telle initiative devait s’inscrire dans la durée. Pay Attent!on a vocation à devenir une marque forte et digne de confiance dans le domaine de la prévention de la fraude en Suisse. 

En quoi la prévention de la fraude aux paiements est-elle si importante pour les banques et pour d’autres acteurs du trafic des paiements? 

NK: la confiance est le fondement du trafic des paiements. Les utilisatrices et les utilisateurs de moyens de paiement numériques doivent pouvoir avoir confiance dans leur sécurité. Or la fraude aux paiements sape cette confiance et génère non seulement des préjudices financiers, mais aussi un sentiment d’insécurité. Les banques et d’autres acteurs du trafic des paiements ont donc un intérêt commun à réduire les risques de fraude et à sensibiliser la population aux menaces actuelles. 

Du point de vue de la police, quelle valeur ajoutée apporte la coopération avec le secteur financier? 

PS: ce front commun de la police et du secteur financier accroît la portée, la crédibilité et l’impact de nos messages de prévention. Si les deux partenaires diffusent les mêmes recommandations de comportement, la probabilité augmente que celles-ci soient suivies au quotidien. 

Quelles sont les arnaques ou les évolutions qui vous préoccupent particulièrement en ce moment? 

PS: l’hameçonnage nous donne vraiment du fil à retordre. Mais nous observons aussi un nombre croissant de cas de fraude à l’investissement et aux placements, ainsi que de falsifications ou de manipulations de codes QR. Sans oublier le recours à l’intelligence artificielle (IA), qui se généralise. L’IA permet aux fraudeuses et aux fraudeurs de créer des courriels, des messages, des voix ou même des vidéos plus vrais que nature. Les tentatives de fraude deviennent ainsi de plus en plus crédibles et de plus en plus difficiles à détecter.

Comment se fait-il que les fraudeuses et les fraudeurs finissent toujours par trouver des victimes? 

NK: les moyens de paiement numériques sont très sûrs. Mais en matière de fraude aux paiements, c’est de plus en plus l’humain le maillon faible. Les fraudeuses et les fraudeurs s’adressent à des victimes ciblées, qu’ils mettent sous pression ou qu’ils manipulent afin qu’elles déclenchent elles-mêmes les paiements. 

PS: tout à fait. Plutôt que de mener des attaques techniques complexes, les escrocs exploitent délibérément des émotions humaines comme la peur, la pression temporelle, la curiosité ou la générosité. Quand on est sous pression, par exemple, on se pose souvent moins de questions. Pour résumer: le plus souvent, une fraude réussie n’est pas un problème technique, mais un problème psychologique. Les escrocs manipulent les gens, pas la technique. 

Quels sont les avantages concrets de Pay Attent!on pour la population? 

NK: avant tout, la simplicité. Pay Attent!on propose un service d’information centralisé et fiable sur la sécurité des paiements, quel que soit le moyen de paiement utilisé. 

PS: de plus, Pay Attent!on réunit des spécialistes issus du secteur financier, de la police et des milieux scientifiques, qui analysent ensemble les derniers phénomènes de fraude. Cela permet de formuler des recommandations de comportement adaptées aux groupes cibles, compréhensibles et applicables au quotidien. La population bénéficie ainsi de conseils concrets, qu’elle peut mettre directement en pratique dans la vie de tous les jours. Cela réduit le risque d’être victime d’une fraude aux paiements. 

L’association prévoit de lancer ses propres campagnes de prévention à partir de 2027. Comment se présenteront-elles? 

NK: dans un premier temps, nous allons mettre en place la plateforme d’information centralisée. Ensuite, nous lancerons des campagnes nationales de sensibilisation de la population par différents canaux, par exemple des campagnes d’affichage dans les transports publics ou des campagnes sur les réseaux sociaux. Ce qui compte, ce n’est pas la quantité d’activités, mais l’objectif, à savoir que les messages parviennent bien là où naissent les risques de fraude. 

Selon vous, quelle serait la situation idéale dans trois ans? A quoi verrez-vous que Pay Attent!on a réussi sa mission? 

NK: nous aurons réussi si les chiffres de la fraude ont baissé! Avant cela, une étape importante consiste à faire connaître Pay Attent!on comme une marque fiable en matière de prévention. 

PS: selon moi, nous aurons réussi si le grand public sait ce qu’est Pay Attent!on et associe ce label à la sécurité et à la prévention dans le domaine des paiements numériques. Mais ce qui compte, ce n’est pas seulement la notoriété, c’est aussi le changement réel de comportement. Si les gens détectent les tentatives de fraude plus en amont et adoptent le bon comportement au bon moment, nous aurons atteint notre but. Des évaluations et des enquêtes nous permettront de savoir si tel est le cas. 

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